
Ce que l’écriture doit au feu
Écrire, c’est brûler quelque chose. Une certitude, un souvenir, une version de soi qu’on croyait définitive. L’encre ne coule pas : elle consume. Et ce qui reste après, ce résidu noir sur la page, c’est de la cendre. De la cendre organisée, certes. Mais de la cendre quand même.
Je n’ai jamais cru à l’écriture comme construction. On ne bâtit pas un livre. On le brûle. On prend tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit savoir, et on y met le feu. Ce qui survit aux flammes, c’est le texte.
Il y a dans chaque phrase une part de destruction. Choisir un mot, c’est renoncer à mille autres. Terminer un paragraphe, c’est accepter que cette pensée ne sera plus jamais formulée autrement. L’écriture est un deuil permanent, déguisé en création.
Les cendres ont ceci de beau qu’elles ne mentent pas. Elles sont ce qui reste quand le superflu a brûlé. Pas d’ornement, pas de faux-semblant. Juste la trace de ce qui fut. Et dans cette trace, parfois, une vérité que le feu seul pouvait révéler.
Je pense à tous les manuscrits que j’ai détruits. Pas par colère, ni par dépit. Par nécessité. Certains textes doivent mourir pour que d’autres naissent. C’est la loi secrète de l’écriture : elle se nourrit de ses propres ruines.
L’encre et les cendres sont de la même famille. L’une est la promesse, l’autre est le souvenir. Entre les deux, il y a le feu. Et le feu, c’est l’acte d’écrire.